Se nourrir comme nos ancêtres préhistoriques pour retrouver son poids de forme et la santé, telle est la promesse du régime paléo. Mais à l’heure où certains de ses adeptes les plus célèbres s’en détournent comme Gwyneth Paltrow, que vaut-il vraiment ? On fait le point.
«J’en ai eu assez». C’est ce qu’a récemment confessé Gwyneth Paltrow, icône du bien-être et fervente adepte du régime paléo, dans l’émission The Goop Podcast. Finis les glaces et les pâtisseries ; désormais, l’actrice avoue apprécier à nouveau le pain et les pâtes, après avoir jugé que sa rigueur alimentaire avait été excessive. Fondé sur l’idée que notre corps est conçu pour se nourrir comme les chasseurs-cueilleurs d’il y a 10 000 ans, le régime paléo exclut les produits transformés, les produits laitiers, les céréales, les légumineuses et les sucres ajoutés. Mais cette approche ancestrale est-elle réellement bénéfique dans un monde où la nourriture transformée est omniprésente ? Pour y voir plus clair, nous avons interrogé le Dr Marie-Christine Boutron-Ruault, médecin interniste et experte en nutrition.
dans l’assiette des chasseurs-cueilleurs
Apparu aux États-Unis dans les années 1970 grâce au gastro-entérologue Walter Lyle Voegtlin et popularisé par Loren Cordain au début des années 2000, le régime paléo prône un retour aux sources. Ses principes ? Éliminer produits laitiers, céréales, légumineuses, sucres et aliments ultra-transformés, et privilégier de la viande, du poisson, des œufs, des légumes, des baies et des noix. Cependant, pour le Dr Boutron-Ruault, respecter au pied de la lettre ce modèle alimentaire est pratiquement impossible de nos jours. «Les animaux et les aliments ont évolué, dit-elle. Reproduire ce modèle est irréaliste à l'heure actuelle.»
bénéfices et pièges
Malgré ses dérives, le régime paléo a du succès car il prône de réduire les aliments transformés. Le Dr Boutron-Ruault confirme ces bienfaits : «En effet, éliminer les produits ultratransformés est positif.» Des recherches brésiliennes démontrent d’ailleurs un lien entre alimentation industrielle et maladies chroniques. Les restrictions engendrées par ce régime conduisent également naturellement à une réduction des portions, ce qui peut aider à perdre du poids. Cependant, ces résultats ne sont pas propres au régime paléo, affirme la spécialiste — des alternatives alimentaires peuvent également produire ces effets.
En ce qui concerne la digestion, certains adeptes rapportent un meilleur confort. Mais la réduction de certains aliments, comme les légumineuses, n'est pas unique au régime paléo : d’autres approches, comme le régime FODMAPs, offrent des bénéfices similaires. Tout dépend du métabolisme de chacun.
les limites à prendre en compte
Au-delà des bienfaits, le régime paléo peut comporter des risques. L'absence de produits laitiers, par exemple, peut entraîner des carences en calcium, augmentant ainsi le risque de maladies osseuses. Par ailleurs, une surconsommation de viande rouge pourrait accroître le risque de cancer colorectal, d’après le Dr Boutron-Ruault. Elle insiste sur l’importance de ne pas dépasser 500g de viande rouge par semaine.
Quant au poisson, il est souvent élevé ou en fin de chaîne alimentaire, ce qui le rend plus susceptible à la contamination par les métaux lourds. Le Dr recommande donc de privilégier les petits poissons gras, comme les sardines ou maquereaux, qui sont plus nutritifs et moins pollués.
Alors, doit-on rejeter le régime paléo ? Pas nécessairement. Le Dr Boutron-Ruault conseille d'être guidé par un nutritionniste pour éviter les dérives. Surtout, elle met en garde contre le risque d’orthorexie, une obsession à manger uniquement «sain» qui peut s’avérer néfaste. En fin de compte, il n’est pas nécessaire de remonter à la préhistoire pour se nourrir correctement. Manger des aliments bruts, de saison, cuisinés maison, en limitant au maximum les produits transformés, demeure le meilleur choix. Pas besoin de vivre comme nos ancêtres pour se sentir bien ; il suffit parfois de retourner aux recettes de nos grands-mères.







