Paléo, sans gluten, sans lactose... Les régimes particuliers s'imposent comme les solutions santé du moment, même pour ceux qui n'ont pas de soucis de santé. Pourquoi la nourriture semble-t-elle si compliquée à appréhender ? Deux experts nous éclairent.
Les régimes tels que sans gluten, vegan ou paléo semblent devenir des normes alimentaires à suivre, transformant le simple dîner en une source de stress. Ces comportements ne touchent pas uniquement ceux souffrant de problèmes de santé ou de poids. Interroger ces pratiques est essentiel : pourquoi est-il aujourd'hui si difficile de se nourrir de manière équilibrée ? Pourquoi, face à un écart, ressent-on si souvent la culpabilité ? Pour explorer ces questions, nous avons interrogé Camille Adamiec, sociologue et auteure du livre Manger sain n'est pas si sain, et Karen Demange, psychologue spécialisée dans les troubles alimentaires à Paris.
Les origines d'une obsession alimentaire
Madame Figaro.- L'absence de sucre, de gluten ou de produits laitiers attire de plus en plus de personnes, même sans problèmes de santé. Quelles en sont les raisons ?
Camille Adamiec.- La relation entre alimentation et santé n'est pas nouvelle, mais elle s'est intensifiée ces deux dernières décennies. Depuis le lancement du Programme national nutrition santé en 2001, les injonctions alimentaires se multiplient, comme le fameux "manger cinq fruits et légumes par jour". Les crises alimentaires, telles que celle de la vache folle, ont également suscité une méfiance générale envers notre nourriture. Cette pression peut entraîner des troubles comme l'orthorexie, où l'on se préoccupe excessivement de son alimentation.
Les impacts des réseaux sociaux
Karen Demange.- Individuellement, beaucoup cherchent à se sentir mieux, même sans réel malaise. Les réseaux sociaux exacerbe cette tendance en présentant des images de santé idéales. Les règles à suivre sont, par conséquent, de plus en plus nombreuses. Au lieu de s'interroger sur ce qui nous fait du bien, on privilégie des préceptes qui semblent faciles à suivre, perdant ainsi un certain libre arbitre.
C.A.- C'est vrai, même si le libre arbitre demeure, il devient plus difficile à exercer face à une surcharge de choix alimentaires.
Une souffrance sociale liée à l'alimentation
C.A.- Nos comportements alimentaires parlent d'une société individualiste où le souci de soi prévaut. Dans des contextes plus extrêmes, ces préoccupations seraient moins omniprésentes. La quête d'une alimentation saine représente également une réponse face aux insécurités sur le futur, mêlant conscience écologique et recherche de sens.
K.D.- L'alimentation peut également engendrer de la culpabilité, même sans pathologie reconnue. Le véritable souci émerge lorsque la privation ou la culpabilité deviennent constantes. Il est essentiel de se poser des questions sur notre état d'esprit. Manger légèrement après un écart, c'est normal, mais y voir une punition peut devenir problématique.
C.A.- J'ai observé beaucoup de souffrance chez ceux qui sont obsédés par leur alimentation. Ils se sentent souvent déconnectés socialement, rendant les sorties au restaurant ou les invitations entre amis de plus en plus compliquées.
K.D.- Pour retrouver une relation saine à la nourriture, il est fondamental de réfléchir aux raisons derrière nos choix alimentaires. Consulter un nutritionniste peut fournir des conseils personnalisés, loin des modes. Si la culpabilité persiste après un écart, il est opportun de se demander si cela mérite tellement de reproches.
(1) Manger sain n'est pas si sain, Camille Adamiec, éditions Hachette, 17,90 €







