Non-sens écologique, bienfaits nutritifs douteux... Peut-on encore se nourrir de poke bowl à la pause déjeuner en 2023 ? Les réponses d'Alexandra Retion, diététicienne, et de Ninon Gouronnec, spécialiste en cuisine durable.
Depuis sept ans, le poke bowl domine le paysage alimentaire des grandes villes. Une étude de l'application Deliveroo révèle qu'il figure au deuxième rang des plats les plus commandés au monde en 2020, juste derrière le cheeseburger. Ce succès s'explique par un mélange harmonieux de poisson cru, légumes variés et riz. Mais cette tendance culinaire est-elle encore pertinente à notre époque ? Alexandra Retion et Ninon Gouronnec examinent les implications de ce plat en vogue.
Évolution des saveurs : entre tradition et innovation
Le phénomène du poke bowl, en phase avec la tendance de la healthy food, a traversé l'océan Pacifique pour séduire les repas de bureau. Présentant des associations nutritives équilibrées, un aspect visuel attrayant et un format pratique, il est devenu un incontournable. Cependant, selon Libération, est-il temps de remettre en question cette indétrônable recette ?
Éloigné de sa recette hawaïenne originelle, qui privilégiait le poisson local et des algues, le poke bowl s'est diversifié. Aujourd'hui, il propose des combinaisons allant du saumon et thon au poulet rôti, en passant par le falafel. Les associations se multiplient, parfois au détriment de l'harmonie gustative.
Aspect nutritionnel : le piège des ingrédients
Néanmoins, le poke bowl n'est pas intrinsèquement mauvais. Selon Alexandra Retion, il reste une option nutritive, rassemblant protéines, vitamines et fibres. Cependant, l'évolution des ingrédients soulève des questions sur la réelle qualité nutritionnelle. "Le riz souvent utilisé, trop blanc et trop cuit, perd ses bienfaits", souligne Ninon Gouronnec. Cette transformation a un impact direct sur la valeur alimentaire du plat.
De plus, l'ajout de produits transformés, comme les viandes panées, augmente les graisses saturées. La cuisson à haute température des huiles fait également perdre leurs apports nutritifs. "On s'éloigne alors du plat équilibré qui nous intéressait au départ," ajoute Retion. Il est donc crucial de choisir des ingrédients frais et de qualité pour tirer le maximum de bénéfices de son poke bowl.
Des enjeux environnementaux à considérer
Un autre aspect préoccupant reste l'impact environnemental des poke bowls. "Ils sont souvent perçus comme écolos, mais en réalité, leur durabilité suscite de nombreuses interrogations", explique Ninon Gouronnec. Alors que le plat traditionnel repose sur des produits locaux, sa popularité mondiale entraîne une importation massive, ce qui nuit à l'écologie. Prenons l’exemple du saumon, dont les stocks marins sont en déclin, et qui provient souvent d'élevages intensifs.
De même, des ingrédients comme l'avocat et la mangue engendrent une empreinte carbone élevée, nécessitant des transports en avion, entraînant ainsi un appel à reconsidérer ce qui compose notre assiette. L'idéal serait d'opter pour des produits locaux et de saison afin de réduire cette empreinte et de retrouver l'authenticité des recettes.
Certaines enseignes commencent à remplacer le saumon par des espèces locales et à privilégier des ingrédients français. Cela pourrait redéfinir le poke bowl tout en répondant aux préoccupations écologiques contemporaines. En repensant la recette, plutôt que de l lossing, nous pouvons créer un plat savoureux, nutritif et durable.







